Flux financiers illicites : Yaoundé muscle sa riposte avant la Loi de Finances 2027
Reçu ce mercredi 20 août 2026 par la Directrice Générale des Douanes par intérim, Hélène Elise Etaba Bikoun, le Directeur Exécutif du Cradec, Jean Mballa Mballa, a plaidé pour une meilleure gouvernance fiscale, en préparation de la Loi de Finances 2027.
Dans la capitale camerounaise, la rencontre n’avait rien d’un simple protocole administratif. Elle prolonge la table-ronde tenue le 25 juin dernier à Yaoundé avec les parlementaires du réseau APNIFFT, qui avait accouché d’une feuille de route budgétaire axée sur la transparence, la justice fiscale et une fiscalité plus sensible au genre. Face à la Douane, le Cradec est venu défendre trois réformes concrètes, susceptibles de changer durablement la donne.

Premier chantier : l’interconnexion des fichiers de contribuables. En reliant les bases de données des Douanes, des Impôts, de la CNPS et du Guichet Unique du Commerce Extérieur, l’administration, pilotée depuis Yaoundé, se donnerait les moyens de croiser les informations et de repérer plus vite les incohérences entre déclarations. Un fichier national unique, disent les experts, réduirait mécaniquement les marges de manœuvre laissées à la fraude.
Deuxième levier, la transparence de l’actionnariat : le Cradec demande aux Douanes d’alimenter activement le Registre National des Bénéficiaires Effectifs, en lien avec la DGI et l’ANIF, pour identifier les propriétaires réels dissimulés derrière des sociétés écrans. Ce travail de fond, mené depuis la capitale, vise à lever le voile sur des montages financiers souvent conçus pour échapper à l’impôt.
Troisième proposition, plus offensive : un contrôle renforcé aux frontières économiques, avec un ciblage prioritaire des secteurs extractif et forestier, régulièrement pointés du doigt pour leur exposition aux fuites de capitaux. Une exigence pensée depuis Yaoundé mais dont les effets sont attendus bien au-delà, jusque dans les régions productrices du pays. Il ne s’agit plus seulement de collecter l’impôt, mais de sécuriser chaque maillon de la chaîne, du cordon douanier jusqu’à la déclaration fiscale, pour que les recettes publiques échappent enfin à une fraude bien organisée.
Établi à Yaoundé, au quartier Montée Zoé, le Cradec incarne depuis 1996 un ancrage local fort doublé d’un rayonnement continental reconnu. Membre de la coalition camerounaise Publish What You Pay et cofondateur du Tax Justice Network Africa, l’organisation basée dans la capitale collabore aussi avec des bailleurs internationaux comme l’Union Européenne et Oxfam. C’est depuis cette ville que se construisent aujourd’hui des propositions techniques qui dépassent largement le cadre du plaidoyer associatif classique, pour toucher directement aux rouages de l’administration fiscale.
La balle est désormais dans le camp technique. Les prochaines séances de travail, prévues à Yaoundé, devront évaluer la faisabilité de ces dispositifs, entre interconnexion informatique et volonté politique. Si le pari est tenu, la capitale camerounaise pourrait se doter d’un outil de gouvernance fiscale exemplaire, capable d’inspirer d’autres villes du pays.
Yolande T







