Initiative communautaire : Les Yambassa promeuvent leur culture à Douala
A la faveur de la première Journée culturelle Yambassa, des échanges, une foire-exposition et un spectacle de danses traditionnelles de cette ethnie du grand Mbam, ont eu lieu ce samedi 27 juin 2026, à l’esplanade de l’hôtel de ville de Douala 3e. L’association Yambassa du Monde a également ainsi, recréer un pont entre les générations et rallumer la flamme identitaire en plein cœur de la capitale économique.
Pour la diaspora urbaine, et notamment pour ces jeunes nés à Douala qui n’ont parfois de leur culture qu’un lointain écho familial, le risque du déracinement est une réalité quotidienne. C’est précisément pour rompre ce silence que les organisateurs ont pensé ce rassemblement comme un véritable retour aux sources. Entourés par les aînés et les gardiens de la tradition, les jeunes ont répondu présents, portés par une envie manifeste de comprendre d’où ils viennent pour mieux savoir où ils vont.

Cette quête de repères a nourri les débats d’une table ronde sans concession. Car si la richesse du patrimoine immatériel Yambassa ne fait aucun doute, sa transmission à l’ère du numérique reste le grand défi. Comment faire exister nos récits traditionnels face aux écrans ? Pour les intervenants, il y a urgence à s’approprier les plateformes digitales. Non pas pour dénaturer l’héritage de l’aïeule fondatrice Mbona, mais pour le rendre visible, audible et attractif dans un monde hyperconnecté où les cultures invisibles finissent par s’éteindre.
Ce besoin de visibilité touche au cœur même du sacré, comme le rappelle l’ethnostylisticien Jean-Marcel Essiéné à travers son regard sur les rites gémellaires. Chez les Yambassa, la venue au monde de jumeaux, les Ebassa, dépasse le simple bonheur familial pour devenir un événement mystique communautaire. Des noms chargés d’histoire comme Assen, Gondio ou Ambassa scellent ce lien unique entre le visible et l’invisible. Pourtant, face au rouleau compresseur de la vie urbaine et de la modernité, ces appellations sacrées s’effacent doucement. Les préserver, c’est refuser qu’un peuple ne devienne, selon la formule consacrée, une communauté sans âme.

Pour inverser la tendance, le sursaut ne viendra pas de la nostalgie, mais d’une solidarité concrète. Pierre-Paul Moubitang, agriculteur et fervent défenseur du Mbam, le martèle avec bon sens : la culture est le ciment de toute communauté. Longtemps pénalisés par un éparpillement en micro-groupes, les Yambassa choisissent aujourd’hui de faire bloc avec les autres sensibilités du Mbam, des Gounou aux Bafia. Cette union, loin d’être un repli frileux, est au contraire un ancrage indispensable pour s’ouvrir sereinement au reste du Cameroun et du monde.
Le succès populaire de cette édition inaugurale sonne comme une promesse d’avenir pour Douala 3ème. En ouvrant ses portes à une telle synergie associative, la municipalité prouve qu’une ville ne se construit pas seulement avec du béton, mais avec la mémoire vivante de ceux qui l’animent.
Yolande T








