Bafoussam, laboratoire urbain : quand l’habitat devient levier de résilience
À l’occasion de la 39ᵉ Journée mondiale de l’habitat, dont les activités se sont déroulées du 30 juin au 7 juillet 2025, Bafoussam s’est imposée comme un terrain d’expérimentation exemplaire face aux crises urbaines. Sous le thème national « Innover et agir localement face aux crises urbaines », la capitale régionale de l’Ouest a présenté une série d’initiatives concrètes, portées par une vision politique audacieuse et une gouvernance participative.
Dans un contexte où les villes africaines sont confrontées à une pression démographique accrue, aux impacts du changement climatique et aux inégalités croissantes, Bafoussam choisit une autre voie : celle d’une innovation territoriale enracinée dans le local. En accueillant la Semaine de l’habitat, la ville a démontré que transformation urbaine et leadership politique peuvent s’articuler autour de solutions durables. « L’économie circulaire est la solution au problème de l’insalubrité dans nos villes. Elle nous pousse à créer de la valeur à partir de nos propres ressources », a déclaré Célestine Ketcha Courtès, ministre de l’Habitat et du Développement urbain. Ce positionnement, soutenu par des partenaires techniques et financiers, s’inscrit dans une dynamique de résilience, d’inclusion et d’autonomie locale.

« Agir localement, c’est donner aux communes les moyens de répondre elles-mêmes à leurs urgences urbaines », a-t-elle ajouté. Parmi les mesures structurantes annoncées, le projet de réhabilitation de 768 kilomètres de voiries urbaines constitue une avancée majeure. Doté d’un budget de 268 milliards de FCFA, ce programme vise à moderniser le cadre de vie, désenclaver les quartiers et améliorer la mobilité. Il marque une rupture avec les logiques fragmentées du passé, en proposant une approche d’aménagement cohérente et inclusive.
Au-delà du génie civil, l’enjeu est aussi social et économique. En intégrant des entreprises locales dans la réalisation des travaux, ce chantier crée de l’emploi, renforce les compétences régionales et installe une dynamique d’impact durable. L’investissement public devient ainsi un levier de développement et de redistribution territoriale.
Consciente que l’infrastructure seule ne suffit pas, la municipalité a misé sur la montée en compétences des acteurs locaux. Avec le concours d’ONU-Habitat, de l’OMS, de l’OIT et d’universités partenaires, des formations ont été organisées à l’intention des cadres communaux. Planification urbaine, gestion des risques, assainissement, urbanisme durable : autant de thématiques essentielles abordées pour outiller les décideurs. « Le défi des villes africaines, ce n’est pas l’absence de vision, mais le manque de compétences locales pour la mettre en œuvre », a rappelé un expert d’ONU-Habitat. À travers cette démarche, Bafoussam affirme son rôle de ville-pilote. Elle pose les bases d’une gouvernance fondée sur l’expertise, la concertation et la rigueur, condition essentielle pour anticiper les crises et bâtir une ville résiliente, inclusive et durable.

Au-delà de cette semaine d’échanges, l’expérience bafoussamienne esquisse une nouvelle manière de penser la ville. Là où certains perçoivent des obstacles, Bafoussam détecte des opportunités. En conjuguant économie circulaire, infrastructures intelligentes et montée en compétence des acteurs locaux, elle fait de l’habitat un outil de justice sociale et de transformation. À travers cette dynamique, c’est une vision forte de l’Afrique urbaine qui émerge : créative, autonome et tournée vers un futur solidaire.
By Cities Hebdo







