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Chronique scientifique N°2 : Géopolitique, territoires et représentations du monde Corriger la carte du monde : géopolitique de la carte, de la conquête coloniale aux nouvelles convoitises territoriales au Cameroun et ailleurs Analyse à la lumière de la résolution « Correct the Map » adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 4 septembre 2026 (A/80/L.104) Dr Joseph Magloire OLINGA OLINGA Ph.D en Géographie, Aménagement du territoire et Environnement Douala, le 11 septembre 2026

Introduction 

Le 4 septembre 2026, à New York, la diplomatie togolaise a fait basculer, à 164 voix contre une, la carte du monde, un objet que l’on croyait à tort neutre et purement technique. En adoptant la résolution A/80/L.104, intitulée « Corriger la carte : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique », l’Assemblée générale des Nations Unies a officiellement reconnu que la projection de Mercator, héritée de 1569, contribue à une minimisation symbolique de l’Afrique dans l’imaginaire collectif. Seuls les États-Unis ont voté contre ce texte pourtant non contraignant. Portée par le Togo au nom du Groupe africain, avec l’appui de l’Union africaine et des Bahamas, la résolution A/80/L.104 encourage, sans l’imposer juridiquement, les gouvernements, les systèmes éducatifs, les médias et les plateformes numériques à privilégier des projections à surfaces égales, telles que la projection Equal Earth[1] mise au point en 2018, plutôt que la projection de Mercator héritée du XVIe siècle. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, qui a conduit les négociations, a résumé l’esprit du texte par une formule devenue célèbre et désormais reprise dans la presse internationale : « Une carte plus juste ne modifie pas la géographie du monde, elle modifie la manière dont on regarde le monde ». Le texte prend soin de préciser qu’il ne remet nullement en cause l’usage de la projection de Mercator pour la navigation maritime et aérienne, fonction pour laquelle elle demeure pleinement adaptée. C’est son usage détourné, en salle de classe, dans les médias et sur les écrans, qui est visé.

Cette chronique se propose de remonter aux origines de cette projection, d’en décrypter les raisons avouées et inavouées, d’évaluer ses effets sur la manière dont les puissances se représentent le monde hier et aujourd’hui, avant d’en tirer les perspectives dans un contexte géopolitique international marqué par la montée des BRICS, la guerre en Ukraine et les nouvelles convoitises territoriales américaines dans l’Arctique et au Canada, et dans un contexte national caractérisé par la précarité foncière.

De l’instrument de navigation à l’outil de domination : une généalogie à deux visages

Le géographe Gerardus Mercator conçoit sa projection en 1569 pour répondre à un besoin concret des navigateurs de l’ère de la conquête maritime, notamment représenter les lignes de cap constant sous forme de droites, afin de faciliter le tracé des routes maritimes à la boussole. Cette prouesse technique, conforme aux angles, mais déformante quant aux surfaces, a rendu d’immenses services à la navigation océanique et reste d’ailleurs recommandée aujourd’hui pour cet usage précis.

Mais la projection naît dans un contexte qui n’a rien d’anodin, celui de l’expansion coloniale européenne et du développement de la traite négrière. Les historiens de la cartographie rappellent que les géomètres et topographes européens ont, dès cette époque, accompagné les expéditions de conquête, produisant des cartes qui n’étaient pas de simples relevés, mais de véritables instruments de pouvoir, servant à découper, s’approprier et administrer les territoires colonisés.

La diffusion massive de la projection de Mercator dans l’enseignement colonial, en particulier à travers les cartes murales scolaires popularisées à la fin du XIXe siècle, a ancré chez des générations d’écoliers une vision eurocentrée du monde, l’Europe trônant au centre, disproportionnée, tandis que les régions intertropicales étaient reléguées à la périphérie visuelle et symbolique. C’est cette dimension que le cartographe allemand Arno Peters dénoncera en 1974 en proposant une projection alternative à surfaces égales, estimant que la distorsion de Mercator avait nourri, de façon consciente, un sentiment de supériorité chez les nations occidentales.

Dès l’époque de sa conception comme au cours des siècles suivants, la carte n’a jamais été un objet neutre, elle est un langage de pouvoir. En surdimensionnant l’hémisphère nord et en reléguant l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud à une taille visuellement mineure, la projection de Mercator a fourni un support cognitif à la hiérarchisation du monde théorisée par le discours colonial : un centre civilisateur et métropolitain face à des périphéries jugées vierges ou incultes, discours que les études post-coloniales ont largement mis au jour depuis les années 1980. Le choix du méridien de Greenwich comme axe central, puis le recentrage du symbole des Nations Unies sur ce même méridien après 1946, montrent bien que même les choix cartographiques les plus techniques en apparence ont toujours été des arbitrages géopolitiques.

Des représentations mentales du territoire : comment la carte façonne la perception des puissances, hier et aujourd’hui

« La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre ». Cet essai du géographe et géo politologue Yves Lacoste publié en 1976 ne cherche pas à réduire la géographie aux conflits armés, mais à dénoncer la manière dont cette discipline a été instrumentalisée pour construire des représentations mentales du monde. Son analyse s’articule autour de trois points clés. D’abord, il démontre que la géographie est historiquement un outil de pouvoir destiné aux militaires, aux dirigeants et aux grands commerçants pour organiser l’espace, contrôler les territoires et mener la guerre. Ensuite, il reproche à l’enseignement traditionnel de présenter la géographie comme une discipline descriptive, neutre et rébarbative se réduisant à mémoriser et réciter la liste des capitales, des fleuves, etc. Selon lui, cette apparente inutilité sert à masquer son importance stratégique réelle pour les citoyens. L’auteur veut ainsi démocratiser le raisonnement géographique. Comprendre l’espace et ses enjeux permet aux citoyens de décrypter les rivalités de pouvoir, de comprendre les enjeux géopolitiques et de ne plus laisser ce savoir aux seules mains des décideurs.

Eu égard à ce qui précède, l’enjeu de cette chronique n’est donc pas seulement historique, mais aussi et surtout cognitif et actuel. Une carte que l’on regarde depuis l’enfance devient un logiciel mental à travers lequel on évalue, souvent sans en avoir conscience, l’importance relative des territoires, des ressources et donc des priorités stratégiques. C’est cette mécanique qui explique, par exemple, que le Groenland apparaisse sur une carte Mercator avec une taille quasiment équivalente à celle du continent africain, alors qu’en réalité l’Afrique lui est environ quatorze fois supérieure en superficie. Plusieurs analystes ont relevé qu’un tel biais visuel n’est pas sans lien avec l’intérêt affiché depuis 2025 par le président américain Donald Trump pour l’acquisition du Groenland, régulièrement présenté comme un territoire d’une importance stratégique proportionnelle à sa taille apparente sur la carte. À l’inverse, cette même distorsion a longtemps contribué, du côté africain, à minorer aux yeux des décideurs et des opinions publiques mondiales l’ampleur réelle du marché, des ressources et du poids démographique du continent, qui pourrait, à lui seul, contenir la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Europe occidentale et le Japon réunis. La carte agit ainsi comme un multiplicateur ou un réducteur de puissance perçue, indépendamment de la puissance réelle. Cette réforme dépasse largement le seul champ de la cartographie académique. Elle touche à la manière dont notre continent est perçu par les bailleurs de fonds, les investisseurs, les partenaires techniques et les instances multilatérales avec lesquels nous négocions chaque jour les termes du développement, de la résilience climatique et de la coopération internationale.

Une Afrique visuellement rapetissée dans l’imaginaire collectif mondial est une Afrique dont on sous-estime plus facilement le poids démographique, la richesse en ressources critiques, le potentiel de marché et, in fine, la voix dans les négociations internationales, qu’il s’agisse de financement climatique, de dette ou de représentation au sein des instances de gouvernance mondiale. Soutenir la correction de la carte, c’est donc soutenir un exercice de justice cognitive, pour reprendre les termes mêmes de la résolution, qui parle de « justice cognitive et de réparation mémorielle », au service d’une meilleure reconnaissance du poids réel de l’Afrique dans les équilibres mondiaux actuels et à venir.

Les États-Unis ont été le seul État à s’opposer frontalement au texte, le qualifiant de projet idéologique radical détournant l’ONU de priorités plus urgentes de paix et de prospérité internationales. Ce vote isolé mérite d’être lu à la lumière de ce qui a été démontré plus haut. Les États-Unis demeurent la principale puissance dont la position géographique et la perception stratégique bénéficient historiquement de la distorsion de Mercator, qui gonfle visuellement l’ensemble de l’hémisphère nord, Amérique du Nord comprise. Remettre en cause cette représentation, même de façon non contraignante, revient à interroger un cadre cognitif qui a longtemps servi la centralité occidentale dans la lecture du monde.

Perspectives géopolitiques : un jeu de cartes dans un monde qui se recompose

La montée en puissance des BRICS et la contestation de l’ordre cartographique occidental

Le vote des États-Unis s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation du récit occidental sur le monde, porté notamment par l’élargissement des BRICS et l’affirmation d’un Sud global de plus en plus organisé. Que 164 pays, dont la quasi-totalité du continent africain, mais aussi de nombreux pays d’Asie et d’Amérique latine, se rallient à cette résolution témoigne d’une volonté de renégocier symboliquement les termes de la représentation mondiale, en écho aux revendications plus larges de rééquilibrage de la gouvernance économique et institutionnelle mondiale portées par ce groupe de pays.

La guerre en Ukraine et la centralité retrouvée de la carte comme enjeu territorial

La guerre russo-ukrainienne a, de son côté, brutalement rappelé que la carte reste un champ de bataille au sens propre : annexions, redécoupages de facto des frontières, et discours sur les « territoires historiques » mobilisent une lecture cartographique du monde comme espace à conquérir plutôt qu’à partager. Ce climat de remise en cause des frontières établies a également ravivé l’intérêt stratégique de l’Arctique, où la Russie renforce ses capacités militaires face à ce qu’elle perçoit comme une avancée de l’OTAN.

Le président Trump a fait de la carte un instrument au service d’un nouveau récit expansionniste. C’est dans ce contexte que ses déclarations réitérées sur l’annexion du Groenland, justifiée par la sécurité nationale et la nécessité de contrer les avancées russes et chinoises en Arctique, ainsi que ses propos évoquant le Canada comme un « cinquante-et-unième État », prennent un relief particulier. Le Groenland, riche en minéraux stratégiques et situé sur la ligne GIUK[1] surveillée par l’OTAN, y est présenté comme une prise territoriale à la mesure de sa taille apparente sur les cartes usuelles, l’administration américaine étant allée jusqu’à évoquer la possibilité d’un recours à la force pour l’obtenir, provoquant une levée de boucliers du Danemark, du Canada et de plusieurs capitales européennes.

Le Canada, pour sa part, a dû revoir sa politique de sécurité dans l’Arctique, ouvrir une représentation consulaire à Nuuk au Groenland et renforcer sa présence militaire dans la région, tandis que plusieurs pays européens y déploient des effectifs en soutien au Danemark. L’Arctique s’affirme ainsi comme le nouveau théâtre où se rejouent, sous une forme actualisée, les logiques de conquête territoriale que la cartographie a de tout temps accompagnées, et parfois facilitées, en légitimant visuellement certaines convoitises plus que d’autres.

Vers une multipolarité cartographique

La résolution « Correct the Map » ne réglera à elle seule ni la guerre en Ukraine, ni les tensions arctiques, ni les rapports de force au sein des BRICS. Mais elle acte un fait nouveau, à savoir que la carte du monde n’est plus seulement produite et validée par les puissances occidentales. Elle devient elle-même un objet de négociation multilatérale, à l’image de la gouvernance mondiale qui se cherche un nouvel équilibre. Que cette bataille symbolique se joue précisément au moment où l’ordre territorial international est mis à mal par la guerre en Ukraine et par les appétits arctiques américains n’est sans doute pas un hasard. Dans un monde où les frontières et les représentations sont à nouveau disputées, chaque État cherche à imposer son propre cadre de lecture du monde.

… Et le cas Cameroun dans tout ça ?!

C’est la question que doivent légitimement se poser certains Camerounais à la lumière de cette résolution. Pour mémoire, le Cameroun a gagné sa plus grande bataille diplomatique et militaire sur le plan international lors de la guerre de Bakassi contre le Nigéria, en partie grâce à la disponibilité de ses cartes héritées de la période coloniale. La correction de la carte du monde serait un exercice purement symbolique si elle ne s’accompagnait pas, chez nous, d’une attention équivalente sur un phénomène autrement plus palpable : la perte progressive de la maîtrise de notre propre sol. En effet, la minimisation cartographique de l’Afrique a un pendant national peu discuté. Pendant que le monde apprend à mieux voir la taille réelle du continent, le Cameroun, lui, cède année après année des pans entiers de son territoire à des intérêts étrangers, dans une relative opacité institutionnelle et statistique.

Des chiffres qui interpellent : 8,5 % du territoire national cédés à des investisseurs étrangers

Selon les données de Land Matrix, l’observatoire international de référence en matière d’acquisitions foncières à grande échelle, plus de 4 millions d’hectares de terres camerounaises ont été transférés ou concédés à des investisseurs étrangers dans le cadre de projets agricoles, forestiers, miniers ou d’infrastructures. Cette superficie représente à elle seule 8,5 % du territoire national, soit l’équivalent de la totalité de la Suisse. Le Cameroun est parmi les dix pays africains les plus concernés par ce phénomène, derrière Madagascar, l’Éthiopie ou la République démocratique du Congo. Près d’un dixième du territoire national est aujourd’hui sous contrôle étranger de fait.

Les principaux investisseurs viennent de Singapour, de Chine et des États-Unis. Le groupe singapourien GMG Global, filiale du conglomérat d’État chinois SINOCHEM Group, exploite à travers HEVECAM et SUDCAM Hévéa plus de 90 000 hectares dans le Sud pour la culture de l’hévéa destinée aux marchés asiatiques, dont 45 000 hectares supplémentaires reçus en 2013 dans des conditions que Greenpeace juge contraires à la loi camerounaise sur le domaine national. La Shaanxi Land Reclamation General Corporation, opérant sous le nom de SINO-CAM IKO, une entreprise agro-industrielle chinoise, exploite pour sa part 10 000 hectares à Nanga Eboko dans la région du Centre depuis un bail de 99 ans signé en 2006. Le projet CAMVERT prévoit quant à lui de convertir 60 000 hectares de forêt jouxtant le parc national de Campo Ma’an en plantations de palmiers à huile. Fait révélateur, aucun inventaire national consolidé et public ne recense à ce jour l’étendue exacte de l’ensemble de ces concessions foncières, minières et forestières cumulées.

À ces cessions à visée agro-industrielle, s’ajoute un autre visage, moins connu, de la mainmise étrangère sur le sol camerounais : les concessions foncières cynégétiques de prestige. Dans le département du Faro, au Nord du pays, une bataille judiciaire oppose depuis 2026 la banquière Ariane de Rothschild, à la tête du groupe Edmond de Rothschild, à l’ancien gérant des camps de chasse qu’elle a repris à la mort de son mari. L’enjeu est le contrôle d’une concession cynégétique de 1 640 km², soit 164 000 hectares, un territoire grand comme deux fois la Ville de Douala. Ce contentieux, franco-français en territoire camerounais, révèle en creux une question que le Cameroun ne peut plus éluder : à qui profite réellement de telles étendues de son territoire ? Des organisations de défense des droits de l’Homme ont par ailleurs documenté, dans des concessions de chasse familiales similaires, l’expulsion de communautés autochtones Baka de leurs terres ancestrales pour y aménager des réserves de chasse au trophée.

Une récente prise de conscience à consolider

Il convient de reconnaître que les pouvoirs publics camerounais ont engagé, depuis 2025, un mouvement de reprise en main de la gouvernance foncière. Le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (MINDCAF) a rendu obligatoire, depuis avril 2025, l’obtention d’une lettre de non objection des chefs traditionnels de premier degré pour toute concession de 20 hectares et plus. Une circulaire du 20 février 2026 a créé deux nouveaux instruments : l’Attestation de reconnaissance des droits fonciers coutumiers et l’Attestation de jouissance paisible des terres, délivrés par les chefs traditionnels de troisième degré pour sécuriser les droits d’occupation des populations locales avant l’obtention d’un titre foncier. La loi de finances 2026 a par ailleurs renchéri de 10 à 30 % le coût des terrains déchus du domaine privé de l’État, afin de lutter contre la rétention spéculative et la spoliation par des bénéficiaires n’ayant pas mis leurs parcelles en valeur. Une équipe interministérielle travaillerait à la finalisation d’un projet de loi portant régime foncier et domanial, appelé à moderniser un cadre juridique hérité de l’ordonnance de 1974.

Ces avancées sont réelles, mais elles demeurent fragmentaires et insuffisantes. Une simple circulaire ministérielle ne saurait véritablement clarifier l’articulation entre légitimité coutumière et légalité formelle du titre foncier, et l’absence persistante d’un inventaire national public et consolidé des concessions étrangères prive l’État, les élus locaux et les citoyens d’un outil élémentaire de pilotage souverain de leur patrimoine.

Ce que la réforme de la carte du monde devrait nous inspirer

Le monde vient d’admettre que la manière dont on représente un territoire sur le papier façonne la manière dont on le traite dans les faits. Un continent visuellement rapetissé finit par être stratégiquement sous-estimé. Le Cameroun devrait tirer de cette prise de conscience mondiale une vigilance symétrique et inversée. Il ne suffit pas que l’Afrique soit mieux représentée sur la carte du monde si, dans le même temps, des pans entiers du territoire national continuent d’échapper, hectare après hectare, à la maîtrise effective de ses propres populations et de son État. La bataille cartographique mondiale est symbolique, tandis que la bataille foncière camerounaise est, elle, parfaitement matérielle, avec des effets immédiats qui méritent une mobilisation au moins aussi déterminée. Cinq leviers sont actionnables pour concrétiser cette mobilisation :

– Achever le nouveau projet de loi portant régime foncier et domanial, en lui donnant la force d’une loi et non d’une simple circulaire administrative révocable ;

– Constituer un inventaire national public, cartographié et régulièrement actualisé de toutes les concessions foncières, minières, forestières et cynégétiques accordées à des intérêts étrangers ;

– Conditionner strictement toute nouvelle concession de grande ampleur à des études d’impact social et environnemental indépendantes, à des clauses de mise en valeur effective sous peine de résiliation, et à une répartition équitable des retombées économiques au bénéfice des communautés riveraines ;

– Renforcer la protection des droits fonciers des communautés autochtones et locales, notamment forestières, face aux concessions de prestige comme aux plantations agro-industrielles ;

– Faire du foncier national un axe de souveraineté à part entière dans le débat public, au même titre que les ressources pétrolières ou minières, en s’assurant qu’une carte plus juste des frontières nationales ne masque une carte de moins en moins nationale du pays lui-même.

Conclusion

Le vote du 4 septembre 2026 rappelle une évidence trop longtemps négligée : il n’existe pas de carte innocente. Chaque projection porte en elle une hiérarchie implicite entre les territoires, et partant, entre les peuples qui les habitent. Pour le Cameroun et pour l’Afrique, l’enjeu dépasse la salle de classe, il s’agit de reconquérir une place juste dans l’imaginaire cartographique mondial, condition nécessaire, quoique non suffisante, d’une plus juste reconnaissance de son poids réel dans les négociations internationales. Les défis restent désormais de : (i) intégrer progressivement les projections à surfaces égales Equal Earth, notamment dans les manuels scolaires et les supports pédagogiques camerounais et africains ; (ii) sensibiliser les médias nationaux et les administrations publiques à l’usage de cartes plus fidèles dans leurs communications officielles ; (iii) plaider, au sein des instances panafricaines, pour une adoption coordonnée de la recommandation onusienne par l’ensemble des États membres de l’Union africaine ; (iv) faire de cette double réforme cartographique à l’échelle mondiale, et foncière à l’échelle nationale, un même combat pour la justice cognitive et la souveraineté territoriale. En définitive, corriger la carte, c’est aussi corriger le regard, celui que le monde porte sur l’Afrique, celui que l’Afrique porte sur elle-même, et celui que le Cameroun doit porter, sans plus attendre, sur son propre patrimoine foncier.

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