Cohésion sociale et traditions : Le Ramadan se clôture par un vibrant plaidoyer pour l’unité du Cameroun
Au lendemain du mois sacré, la chefferie de 3ème degré de la Bessèkè, à Douala, a transformé la célébration de l’Aïd el-Fitr en un puissant symbole de l’unité camerounaise. Entre danses patrimoniales, fantasia et distinctions honorifiques, Sa Majesté El Hadj Tanko Amadou Camille a réuni autorités traditionnelles musulmanes et chrétiennes pour magnifier un vivre-ensemble qui dépasse les simples frontières religieuses.

L’esplanade de la chefferie de Besseke n’était pas seulement, ce dimanche 22 mars 2026, le lieu d’une rupture de jeûne ; elle était le carrefour d’une nation en miniature. Sous un soleil de canicule, une foule venue des quatre coins du pays a vibré au rythme des chevaux et des tambours, illustrant cette hospitalité propre au Grand Nord en plein cœur du Littoral. Comme pour sceller cette communion humaine, le chef de Besseke, SM El Hadj Tanko Amadou Camille, a rappelé l’essence de ce rassemblement : « Nous sommes les mêmes pères que le prophète Abraham. C’est pour un vivre-ensemble, en fait. Nous devons valoriser notre culture, notre religion, et au-delà de ça, porter la culture camerounaise à l’international ».
L’événement a frappé les esprits par sa richesse esthétique. La fantasia, ballet équestre spectaculaire, a côtoyé les démonstrations de lutte traditionnelle et les rythmes envoûtants de la danse Haoussa dépêchée depuis Yaoundé. Mais la surprise est venue de la diversité des prestations : le Gourna du Nord a partagé la scène avec des danses Bamiléké. Ce dialogue artistique, loin d’être anecdotique, témoigne d’une volonté manifeste de la chefferie de Besseke de s’ouvrir à toutes les composantes sociologiques du Cameroun, faisant de la tradition un langage universel.
Cette journée a également servi de cadre à la consolidation des institutions coutumières avec l’intronisation de trois nouveaux notables. Ce renforcement de l’appareil traditionnel a trouvé son écho dans la reconnaissance internationale du guide de Besseke. S.M. El Hadj Tanko Amadou Camille s’est vu décerner le Prix panafricain pour le leadership traditionnel par l’Organisation africaine pour la promotion des médias (OAPM). Cette distinction vient couronner un engagement constant pour la paix sociale et la promotion des valeurs ancestrales au service du développement local.

La présence massive de dignitaires venus de l’Ouest, du Moungo et du Littoral souligne l’influence croissante de cette chefferie. Pas moins de sept chefs supérieurs et de groupements, dont les rois de Bachingou et de Bagam-Galim, ont parcouru des centaines de kilomètres pour témoigner leur solidarité. Cette “diplomatie du trône” démontre que les autorités traditionnelles constituent aujourd’hui les piliers les plus solides de la stabilité nationale. Pour ces chefs, la distance s’efface devant le devoir de fraternité, transformant chaque invitation en un pacte de non-agression culturelle.
L’émotion était palpable chez les invités de marque, à l’instar de Sa Majesté Mouoyebe Zossie Tenkeu Simo Mathurin. Venu des Bamboutos, le chef supérieur de Bagam-Galim a salué une « culture multiforme » où chacun se sent chez soi. Cette hospitalité réciproque entre chefs musulmans et chrétiens prouve que les barrières confessionnelles s’effondrent dès lors que l’intérêt supérieur de la communauté est en jeu. En assistant à ces festivités, les populations ont reçu une leçon de civisme grandeur nature, où la différence est perçue non comme une menace, mais comme une richesse.

Alors que les derniers échos de la fête s’estompent sur les rives du Wouri, Besseke s’impose désormais comme un modèle de gestion de la diversité urbaine. En réussissant le pari de marier spiritualité musulmane et traditions séculaires de tous horizons, la chefferie trace un chemin d’espoir pour un Cameroun résolument uni dans sa pluralité.
Teclaire Yetna







