Fêtes de fin d’année : Douala renoue avec la tradition des “boom shows”
À l’ombre des guirlandes de Noël et loin des salons feutrés, une autre ville s’éveille à Douala. Chaque fin d’année, des espaces ordinaires se métamorphosent de nouveau en scènes vibrantes où la jeunesse célèbre, s’affirme et invente ses propres codes. Ces lieux ont un nom : les “boom shows”, miroir d’une urbanité populaire en mouvement.
Dès les premières notes lancées par les platines, la ville change de rythme. Dans les quartiers populaires, écoles en congé et terrains vagues troquent leur silence contre des basses puissantes. Faits de lattes, de bâches ou de paille, ces dispositifs éphémères deviennent le cœur battant d’une fête accessible, portée par de jeunes entrepreneurs locaux. Bien plus qu’un simple divertissement, les “boom shows” s’inscrivent dans une tradition urbaine faite de débrouillardise, de proximité et d’un irrépressible désir collectif de célébrer.

Derrière l’apparente simplicité de ces “bunkers” se déploie en réalité une micro-économie bien huilée. À Ndogpassi 14e, le 25 décembre, les tentes baptisées “Dj Bobo” ou “Dj Balthasar” ne désemplissent pas. Le modèle est rodé : des créneaux adaptés aux âges, des tarifs accessibles de 500 FCFA pour les plus jeunes, et 1 500 FCFA pour les aînés, ainsi qu’un contrôle minimal, matérialisé par un tampon sur la paume de la main. Cette organisation, souple mais efficace, révèle la capacité des quartiers à produire leurs propres offres culturelles, sans attendre d’infrastructures lourdes ni d’investissements institutionnels.
À l’intérieur, la pénombre, les jeux de lumière et la musique créent un cocon propice aux rencontres. Ingrid, 15 ans, y voit un espace de liberté mesurée : « Ici, on danse entre amis, on se crée des souvenirs, et c’est à notre portée ». Pour Darwin, l’enjeu est aussi relationnel, presque initiatique. Ces lieux deviennent alors de véritables laboratoires sociaux, où l’on apprend à se montrer, à séduire, à appartenir à un groupe. Loin du regard parental, la jeunesse s’y construit, parfois maladroitement, mais toujours intensément.

Pour autant, cette effervescence ne fait pas l’unanimité. Maman Nibelle y reconnaît une continuité générationnelle : « Dans les années 90 déjà, on faisait la fête comme ça ». À l’inverse, Papa Endrick redoute des dérives qu’il juge incontrôlables, tandis que Jeanne interroge le sens même de célébrer Noël dans ces lieux profanes. Autant de voix discordantes qui rappellent que la fête est aussi un terrain de débat moral, religieux et éducatif, révélateur des tensions qui traversent la ville.
Sanctuaires de joie éphémère pour les uns, sources d’inquiétude pour les autres, les “boom shows”racontent avant tout une ville qui s’invente par le bas. À Douala, la fête n’est pas un luxe : elle est un langage urbain, un exutoire collectif et un puissant révélateur des dynamiques sociales. Quand la musique s’éteint, une certitude demeure : la ville, elle, continue de danser.
Teclaire Yetna








